samedi 26 novembre 2011

La vidéo part 1

Lettres à Lydie partie 1 par helenelarrive


A Jeanne Boyer, qui n'a jamais voulu de médaille (et en a eu malgré elle !) mais aurait aimé sauver "son" foyer où vivaient des proscrits des temps modernes, roms et clandestins.. et qui est morte avec celui-ci, à 94 ans, parce que nous n'avons pas su/pu l'aider comme il l'eût fallu..

Une maison souriante, en retrait,
-Les maisons ressemblent aux gens-
Entre autoroute et voie ferrée !
Un cèdre majestueux -un cèdre du passé-
Un gros chien blasé qui, lentement,
Se lève, aboie… et se rendort aussitôt.
Et une très vieille dame, dans son lit,
redressée….
Une héroïne, en somme, puisqu’il faut bien un
mot…
Sot et sommaire il est vrai, pour dire – et réduire-
Un passé de guerrière, sans orchestre ni
appeau…
Et un présent de même…
Une femme frêle, à demi allongée…
… Qui a sauvé… ? Elle ne sait plus elle-même :
("Je perds la mémoire, c’est agaçant")
… Deux cents ?
-Il faut compter pourtant, même si elle s’y refuse-
Proscrits. Une jeunesse folle, si l’on peut dire…
… Oui, il faut un mot pour écrire…
Les nuits… les nuits où rode…
L’éternité : sens qui crépitent, heures qui s’étirent,
corrodent,
Allument et consument…
Les durs matins en vélo, les fausses cartes, les
armes, les ruses…
Infinies…
Et…
Et la mort. La mort de camarades, la torture -et le
Puits*-…
Et la peur… La peur toujours diffuse,
Raisonnée, lancinante. Mais aussi, la peur qui
égare et qui perd.
Etrave et entrave, de concert.
Trop est erreur ; trop peu, faute. Fatales à coup
sûr
Toutes deux. Prix de la commune survie, juste
mesure.
Létale balance…
 
Quatre ans ! parmi les récifs, égale -et in
extremis,
- Un coup de pédale plus vigoureux, la chance,
aussi -
Elle s’est glissée indemne. Mais d’autres,
d’infinies souffrances,
A ses côtés tombèrent. -La torture, parfois, tue
petit à petit.-
Et elle est là, cinquante ans passés,
Souriant dans son lit redressé
Cinquante ans !
Dans l’angle de la fenêtre. Yeux malicieux,
Scrutateurs peut-être… marbre gris effilé, grave
et joyeux.
Bienveillants, amicaux. Et impénétrables pourtant:
C’est, au fond de la mire toujours inaltérée,
Immobile et mobile, un radar - amusé- à sa cible
-infaillible, sûrement-
Gustau, Henri, Lisa, ceux du Puits
Et tant d’autres… qui parcourent, sondent, et
sourient
Paisiblement
A l’effigie et à travers au modèle -évanoui-,
Scanner en action, "on",
Somme infinie et grêle d’un temps nécessaire et
inassouvi
Retard aboli d’envols arrêtés… Somme
Econome d’un présent passé arraché palpitant
Epars
En elle ressemblé… Ainsi devait-elle jauger les
hommes,
Autrefois et d’un seul regard
A tout instant, lorsque la torture, la camarde
Le scorpion sous la lauze embusqué exigeait,
sans erreur, de détecter
A la seconde même, le dard sous le nard,
Le rai du fard…
L’espion du camarade...
Puis elle comprend "mais tu es la fille de Lydie?!"
Et ses yeux changent soudain, palpable,
Émus, radar sur "off". On rit.
Je n'aurais pas aimé, en 40, être un traître infiltré
Et subir ce regard, perçant, lent et inexorable !..
 ………………………
 
Une cour joyeuse l’entoure de déférente amitié…
Croyant dire ce qu’il faut
Une pratique l’appelle "grand-mère" …
Grand-mère ! C’est trop…
Ou c’est trop peu. Grand-mère !
[J’ai laissé passer "Jeanne", sans y penser
… Et elle a dit "je préfère".]
 
Et cinquante ans après,
Discrète, humble et fière,
Présence intense et retirée,
Dans sa maison - asile…
Son repaire,
Isolé !
-Celui de son enfance-
Ciel toujours ouvert
Et sans répit,
Aux banni/es en exil …

-Pas les mêmes… et les mêmes aussi -
Elle règne toujours, guerrière immobile,
Sereine.
Le temps qui file,
D’immuables peines éternel retour
Est toujours celui du combat.**
 
 
* Le Puits de Célas, voir les "Lettres à Lydie".
** Jeanne n'a jamais cessé de lutter; elle avait à l'époque des sans-papiers chez elle, ce qui l'amenait à se méfier de tous et à refuser toute publicité..

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